ANA | YAN

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C'EST ASSEZ

Tous ceux qui me connaissent savent que je suis quelqu’un qui est très proche de ses émotions. J’ai une forte tendance à les vivre pleinement…et oui, je pleure beaucoup! La journée où j’ai décidé de me faire opérer ne fait pas exception à cette règle.

Au mois de novembre 2012, je suis allée rendre visite à mon médecin à Sherbrooke. À ce moment, je lui ai appris que je venais de terminer un Zona (maladie touchant les personnes âgées de 50 et plus) et que j’étais de plus en plus fatiguée. En voyant son regard, je savais qu’elle me parlerait à nouveau de l’opération. Depuis ma première rencontre à Sainte-Justine, les médecins m’ont toujours informée de la possibilité de subir l’opération. À coup sûr, je me mettais à pleurer, je ne voulais pas de cette opération. Quand on me disait le mot «sac», je m’imaginais avoir un sac de plastique d’épicerie sur le ventre. En ne sachant pas en quoi consistait l’opération, j’avais tout simplement peur.

Pour la première fois de ma vie, pendant cette rencontre de novembre, j’ai évalué la possibilité de me faire opérer. Mon médecin m’avait dit : «Élisabeth, la question maintenant est de savoir jusqu’où tu es prête à aller avec les traitements avant que ça affecte complètement ta qualité de vie?» Elle venait de planter une petite graine qui a germé dans mon esprit. Elle avait raison, les risques d’infections ne cessaient d’augmenter et mon état de santé ne faisait que se dégrader, et ce,  malgré les plus grosses doses de médicament. Nous avons tout de même essayé un nouveau médicament, qui malheureusement, n’a pas fonctionné.

Au retour des congés de Noël, j’ai dû être hospitalisée d’urgence pour une infection cutanée qui avait envahie mon corps. Au-delà de tout ça, j’étais épuisée, exténuée. Même le fait de prendre une marche ou de prendre ma douche était une épreuve en soi. Je me souviendrai toute ma vie du moment où le médecin de garde est venu s’asseoir sur mon lit et qu’il m’a demandé ce que je voulais faire à partir de maintenant. Je l’ai regardé et j’ai finalement accepté de me faire opérer, puis comme de raison, j’ai éclaté en sanglots. Comment ferai-je pour vivre avec une stomie à 20 ans? Comment l’expliquer aux gens autour de moi? Quand j’ai appelé mon père pour lui dire, il a refusé ma décision au départ, il voulait que l’on continue d’essayer… Pour moi, il était trop tard. J’avais tout essayé et j’en étais rendue là. Je ne baissais pas les bras, au contraire, je voulais continuer de me battre, car en ayant la chirurgie, j’avais 90 % de chances que la maladie ne revienne jamais. C’est à ce pourcentage que j’ai décidé de m’accrocher.

En sortant de l’hôpital, j’ai commencé à m’informer sur l’opération, j’ai rencontré des stomothérapeutes, j’ai regardé des vidéos et on m’a mise en contact avec la merveilleuse Andréanne (aussi collaboratrice de ce blogue). Ce sont nos échanges par courriel qui m’ont vraiment aidée à accepter ma décision. Le fait de voir tout le positif que la stomie avait apporté à sa vie et de voir la qualité de vie qu’elle avait regagnée, je voulais la même chose!

La maladie s’étant encore détériorée entre-temps, j’ai dû me faire opérer plus tôt que prévu, soit le 9 février 2013. Cette date, gravée à jamais, reste un anniversaire marquant qui a changé le cours de ma vie parce que grâce à cette opération, j’ai pu reprendre le contrôle de ma vie. 

Élisabeth

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