Comment la maladie chronique m'a sauvé la vie

Toute ma vie, j’ai su que je voulais devenir enseignante et probablement enseigner à l'étranger. Ce n’était donc une surprise pour personne lorsque, après mon université, je suis partie en Angleterre pour poursuivre cette carrière de rêve, avec l’intention de revenir au Canada, après une ou deux années d'expérience à mon actif, pour m'installer à temps plein dans mon patelin. Cependant, après 4 mois de stress, d'anxiété, de nuits d’insomnie passées à planifier et à corriger, d'heures de déplacement, d'appels téléphoniques larmoyants et le début de maux inquiétants, j'ai décidé que ce n'était pas une vie pour moi. Je ne connaissais pas les conséquences de cette décision, mais je m'en fichais. J'ai donc pris l'avion pour rentrer chez moi, puis j’ai réaménagé chez mes parents où j'étais sans emploi, malade et sans aucun plan futur.

Afin de récupérer une partie de la perte financière créée par l'abandon de mon plan de carrière rêvé, j’ai commencé à travailler dans une classe de niveau préscolaire, avec un salaire légèrement au-dessus du salaire minimum, le temps que je décide ce que je voulais faire. Je n’écris pas ça pour faire pitié, mais j’étais réellement dévastée que mon plan initial n’ait pas fonctionné. Pour la première fois de ma vie, je ne savais plus où me projeter pour l'année à venir ; une inquiétude que plusieurs jeunes diplômes vivent, j’en suis persuadée. J’ai exploré de nouvelles perspectives de carrière : retourner à l’école, déménager dans un autre pays ou même démarrer ma propre entreprise… Aucun de ses plans ne me faisait vraiment vibrer. J’étais tellement perdue. Cet échec a affecté ma santé mentale, ma vision de moi-même et mes ambitions. Je n’étais plus motivée, ni inspirée à être quelqu’un parce que je ne pouvais plus visualiser ce que c’était. Plus rapidement que je l’aurais pensé, une année s’est passée et j’étais toujours à la même case qu’à mon retour chez mes parents.

Puis mon colon a décidé de s’en est mêler (Article : Ma Colite Ulcéreuse) ; je suis certaine que c'était en lien avec mes émotions et mon stress. C’était comme si l’univers m’envoyait un signal, comme s’il me narguait. « Oh, tu es triste d’avoir un emploi à temps plein ? » Essaie de ne pas travailler du tout. « Tu es confuse sur quels programmes choisir pour tes études ? » Pourquoi pas aucun d’eux ! « Tu te demandes comment tu vas faire pour te trouver un amoureux dans ta petite ville natale plate ? » Fais-le avec une stomie et plus aucun cheveu.

Je croyais que revenir chez mes parents était dégradant et j’avais honte de moi-même de devoir à repartir à zéro. Tout à coup, je n’étais plus capable de sortir de chez mes parents et je dépendais d’eux plus que je ne le voulais. J’ai dû prendre des absences au travail, car mon corps combattait des infections, puis je m’échappais à l’épicerie, au restaurant, dans ma voiture ou à la maison. J’étais méconnaissable en raison de la médication et, si j’étais chanceuse, je passais un mois complet sans être hospitalisée.

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Deux ans et demi et trois chirurgies plus tard, j’avais maintenant la chance de repartir à neuf : de regarder ma vie et d’apprécier les petites victoires, de pouvoir terminer un quart de travail complet, d’attacher mes cheveux en queue-de-cheval, de passer un mois complet hors de l’hôpital, de faire un long voyage sur la route sans avoir de fuites, ou simplement de porter un jean. Rapidement, ces petites victoires se sont transformées en plus grands accomplissements, comme celui de vivre un déménagement, de gravir les échelons au travail, de m’acheter une nouvelle voiture, et d'intégrer l’activité physique à ma routine. Ces accomplissements sont ensuite devenus des réussites, comme voyager à Amsterdam, faire de nouvelles rencontres, avoir des premiers rendez-vous, ajouter la spiritualité à ma vie, aider d’autres personnes stomisées ou même amasser des milliers de dollars pour Crohn et Colite Canada.

Avant cette épreuve, je vivais sur le divan de mon père, traversant ma crise du quart de siècle, tout en apprenant ce à quoi ressemblaient l’anxiété et la dépression. Heureusement pour moi, je suis tombée tellement malade que ma vision de la vie s’est transportée vers la gratitude et l'appréciation de vivre une vie saine. On ne connaît pas toute notre force jusqu’au moment où la maladie nous prive de notre liberté. Je suis maintenant indépendante, j’ai la foi, je dors sur mes deux oreilles et je suis motivée à m’améliorer encore et encore. Qui sait où j’en serais aujourd’hui sans ce point tournant dans ma vie ? Je suis chanceuse, car maintenant, j’apprécie tout le « bagage » que je traîne et je comprends mieux celui des autres, avec compassion et empathie. Être malade m’a aidé à sortir d'une épreuve sombre, même si la maladie en était le déclencheur.

Je vis maintenant dans un nouvel état d’esprit. 

Stacey

Présenté par: La boite